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Que demain reste

Une proposition de Sandra Émonet et Emmanuel Ygouf

Du 8 septembre au 2 octobre 2026, la galerie La Transversale réunit Farah Bahhar et Anaël Alaoui-Fdili, deux artistes diplômées de l’École nationale supérieure d’art de Bourges en 2024.

L’exposition poursuit une approche décoloniale de la mémoire, où récits, objets et formes circulent entre expériences intimes et dynamiques collectives. Par l’usage d’objets du quotidien transformés, détournés ou assemblés, elle compose un ensemble fragmentaire où matériaux, technologies low-tech et récits en construction se rencontrent, faisant apparaître des récits absents ou invisibilisés. Elle ouvre des passages entre temporalités, là où les traces persistent, se déplacent, se réécrivent et s’anticipent.

Chez Farah Bahhar, le corps se tient comme une archive de mouvement et d’effacement, faite de couches, de gestes et de résonances multiples. L’installation, la peinture et la performance forment des instabilités d’agencement où les formes ne fixent rien mais organisent des circulations. Les espaces, domestiques ou institutionnels, deviennent des lieux d’inscription de mémoires diasporiques en transformation constante, entre générations et territoires. Objets et présences rejouent des récits enfouis dans l’ordinaire et font apparaître des continuités souterraines dans les expériences dispersées. Le travail se construit comme une composition de fragments où le corps traverse autant qu’il relie, dans une attention à la circulation et à la protection des mémoires diasporiques.

En écho, le travail d’Anaël Alaoui-Fdili s’inscrit dans une pratique nourrie par la science-fiction. À travers la low-tech et des matériaux simples, l’artiste met en tension récits intimes et enjeux sociaux. Ses œuvres ouvrent des passages vers des univers où se croisent nostalgie, crainte et espoir, matérialisant un espace liminal entre virtuel et tangible. Elles interrogent nos rapports aux futurs, à la mémoire et aux héritages coloniaux. La science-fiction devient un outil critique et sensible permettant de déplacer les cadres, rejouer les récits dominants et réparer les imaginaires. Le récit agit comme matrice d’objets, d’architectures et de fictions : chaque pièce est fragment d’un monde plus vaste où les corps se réinventent et se projettent vers des futurs possibles.

L’exposition se déploie comme un espace de passage entre récits, objets et temporalités. Le temps y circule sans centre, par glissements. Dans cette tension, Que demain reste ne nomme pas seulement un avenir, mais une tenue du temps : quelque chose qui insiste, persiste, et se forme dans l’écart entre ce qui a été, ce qui est, et ce qui cherche encore sa

forme.

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