L’écume des sèves
Une proposition du Centre des monuments nationaux, palais Jacques Cœur
Né en 1983 à Hô Chi Minh-Ville, Duy Anh Nhan Duc vit et travaille en région parisienne. Au cœur de sa pratique, il y a les arbres. C’est à partir d’eux qu’il développe ses œuvres. Fondée sur l’observation et la collecte, sa recherche est marquée par une attention au cycle du vivant et aux relations que nous entretenons avec lui. Feuilles, écorces, bois ou lichens constituent les matériaux d’une démarche qui explore la matière naturelle. Par des protocoles patients, l’artiste dévoile la diversité chromatique des essences et la mémoire contenue dans leurs transformations.
Au palais Jacques Coeur, cette approche entre en résonance avec l’histoire du lieu. Argentier du roi Charles VII au XVème siècle, Jacques Coeur était au centre des grands échanges commerciaux du royaume. À ces flux apparents répond ici une autre forme de circulation, plus lente et discrète, liée au temps des arbres et aux cycles de la vie. L’œuvre de Duy Anh Nhan Duc ouvre un espace de perception sensible où se rencontrent mémoire des pierres et mémoire du vivant. L’exposition rassemble pigments issus de feuilles, dentelles végétales, empreintes d’écorces et sculptures de bois. Chaque œuvre rend perceptible ce qui demeure habituellement invisible : la diversité chromatique des arbres, la structure des matières, la mémoire inscrite dans leurs transformations. La couleur apparaît comme un indice issu de processus lents, mettant en lumière les variations propres à chaque essence.
Dans les vastes combles du palais, sous la charpente en carène de bateau renversée, de longs pans de soie suspendus forment une mer ondulante dans l’espace. Autrefois, la soie traversait les mers à bord des galées de Jacques Coeur ; ici, elle donne le mouvement. Teintée à partir des arbres, elle se charge de leurs nuances et en prolonge la présence. Les ondulations ne représentent pas seulement la mer : elles rendent prégnants des flux plus profonds, ceux du temps et du vivant. Ce dialogue trouve un écho particulier avec la figure de George Sand, mise à l’honneur en Berry en 2026. L’écrivaine défendait la forêt comme un bien commun, rappelant que les arbres participent à l’équilibre même de nos vies. Cette attention à la nature se poursuit dans la pratique de Duy Anh Nhan Duc, où les arbres deviennent des partenaires de toujours.
Avec la complicité de l’entreprise Monin et des Vitrines Artistiques du Berry